SWAKHILE, diamant brut.

soul Apr 03, 2021

"Swakhile" écrit, compose et interprète une musique "Soul", inspirée qui prend aux tripes. Rencontre avec un artiste qui a plus d'une corde à son arc.

Musiculture : à l'écoute de votre E.P., ma première réaction a été  "Ouah ! qui est-ce ?!". Alors, d’où venez-vous ?

Swakhile : Je suis chanteur, compositeur et producteur et je suis originaire du royaume de "Eswatini", un des royaumes d’Afrique du Sud. J’ai grandi au "Swaziland". Encore jeune adolescent, je me suis installé en Afrique du Sud pour m’impliquer de plus en plus dans la musique. Je viens d’une famille de trois enfants dont je suis l’aîné. J’ai un frère et une sœur. Actuellement, je vis à Johannesburg, centre des affaires et de la créativité en Afrique du Sud.

M : Qui vous a influencé en musique ?

S : Ceux que j’ai écouté en grandissant, c’est-à-dire Seal, Prince, Michael Jackson, Whitney Houston et Lionel Richie. En ce moment, je suis très inspiré par la scène "soul" londonienne et particulièrement par Sam Smith, Kwabs et Lianne La Havas, pour n’en nommer que quelques-uns.

M : Il me semble que votre style, l’esprit de votre musique, est très proche de Luther Vandross, Seal, John Legend et du gospel en général. Vous y pensez en écrivant ?

S : Tout d’abord, wow ! Quel compliment ! Ces artistes sont de profondes influences qui m’ont inspiré. Effectivement, j’ai chanté dans les églises quand j’étais pré-ado. C’est aussi là que j’ai appris à jouer des claviers. Voilà pourquoi ma musique à cet enracinement gospel. J’ai vraiment été nourri par leur sincérité émotionnelle. Le gospel m’a également enseigné comment les choix de productions servent le message dans la musique. Donc, ce n’est pas conscient mais c’est là parce que j’ai passé énormément de temps à écouter les artistes du gospel.

M : Votre voix est très souple. Vous descendez aussi facilement que vous montez : quand et où avez-vous appris le chant ? Combien de temps pour atteindre ce niveau ?

S : J’ai commencé le chant, j’avais dix ans. Très vite, j’ai rejoint la chorale de l’école. Elle m’a beaucoup enseigné sur la technique de chant. Cependant, c’est le gospel qui a le plus influencé ma façon de chanter. C’est aussi le gospel qui m’a mené au piano. J’ai appris avec un professeur qui jouait pour la paroisse. Ensuite, j’ai approfondi les leçons de chant à l’université pour améliorer ma technique. C’est cette combinaison qui a mené au style que vous entendez aujourd’hui. J’apprends encore et je grandis en étant très honoré de pouvoir le partager avec le reste du monde.

M : Où trouvez-vous l’inspiration pour les textes ? Expériences personnelles ?

S : Oui, tous mes textes proviennent d’expériences personnelles. En fait, j’ai commencé l’écriture pour me sortir d’une dépression. La musique était aussi une façon d’exprimer mes émotions quand j’étais incapable de poser des mots. Résultat : j’écris encore des histoires vécues et j’en suis très fier. Chaque chanson me rappelle dans quel état j’étais en l’écrivant, ce que je traversais. Elles me permettent également d’évaluer le chemin parcouru. La musique est plus qu’un rêve pour moi, c’est un langage qui transcende l’oralité. Les gens peuvent communiquer quelque-soit leur origine.

M : Vous écrivez textes et musiques seul ?

S : Oui, d’ordinaire parce que ces chansons sont le reflet de mon âme, une façon de comprendre mes émotions, de panser les blessures. C’est une motivation pour mon moral. Cependant, j’ai eu l’occasion de collaborer avec d’autres dans le passé. Et ce sera le cas dans l’avenir. Ça m’inspire pour repousser mes limites.

M : Votre musique est très spirituelle. C’est la priorité ?

S : parce que j’ai grandi avec l’église, j’ai toujours vu la musique comme une forme d’expression enracinée dans émotions et connections. Ce n’est pas toujours le sujet des chansons mais les choix sous-jacents ont pour but d’aider les gens à sentir quelque chose, à se connecter avec mes textes.

M : Vous êtes sur "Bandcamp" mais cherches-tu un label dans ton pays ou ailleurs ?

S : Oui, j’en cherche un et j’ai toujours senti la scène londonienne comme la plus adaptée à mon style parce que les choix de productions correspondent aux miens. Cependant, j’ai passé ces dernières années à en redéfinir les bases, à trouver mon son. Donc, quand l’opportunité se présentera, je serais au clair en termes de direction à suivre tout en restant sincère et fidèle à l’âme de ma musique.

M : que fait Swakhile quand il ne travaille pas la musique ?

S : je travaille sur mes autres affaires qui touchent au contenu en création et qui ont pris de plus en plus de place. Mon associé et moi avons récemment mis en place une plateforme de streaming baptisée "Vuyo Joboda Network". Le but est de donner aux jeunes créateurs africains une opportunité de partager leurs talents, leurs histoires, à leurs conditions. Nous voulons mettre en place l’industrie qui nous a manquée en grandissant. C’est une grande source d’inspiration qui me permet aussi d’exprimer mes capacités musicales pour des jingles et des B.O. Dans ce domaine, je suis manager des opérations, directeur de la photo, ingénieur du son et éditeur.

M : Etes-vous une exception ou existe-t-il une scène "soul" en Afrique Du sud ?

S : Il existe une petite scène soul ici mais qui a toujours été dans l’ombre des musiques traditionnelles comme le "kwaito", beaucoup plus importantes. Récemment, on assiste à plus de mélanges entres ces genres et la soul. L’afro-soul est en plein développement et des artistes talentueux commencent à percer. Je crois que le potentiel pour la soul est immense et je suis très heureux de la voir grossir de plus en plus. Contribuer à ce mouvement par ma voix est un privilège.

M : Au fait, "Swakhile", ça signifie quoi ?

S : C’est la version scène de mon nom qui s’écrit "Siwakhile" (aussi "S’wakhile" parfois). C’est aussi une réduction de "siwakhile umuzi", une phrase "swazi" qui signifie "nous avons construit une famille". Je suis le premier enfant de la famille et cette phrase était une fière déclaration, un point de départ qui installait une famille sur le point de s’agrandir. Et ce fut le cas !

Son E.P.

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